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Discussion: Nazim Hikmet (poète)

  1. #1
    Membre F.A.M.
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    décembre 2009
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    Par défaut Nazim Hikmet (poète)

    (Extraits de poèmes pris au hasard de Nazim Hikmet, poète turc)

    La plus drôle des créatures, 1948

    Comme le scorpion, mon frère,
    Tu es comme le scorpion
    Dans une nuit d’épouvante.
    Comme le moineau, mon frère,
    Tu es comme le moineau
    dans ses menues inquiétudes.
    Comme la moule, mon frère,
    tu es comme la moule
    enfermée et tranquille.
    Tu es terrible, mon frère,
    comme la bouche d’un volcan éteint.
    Et tu n’es pas un, hélas, tu n’es pas cinq,
    tu es des millions.
    Tu es comme le mouton, mon frère,
    quand le bourreau habillé de ta peau
    quand le bourreau lève son bâton
    tu te hâtes de rentrer dans le troupeau
    et tu vas à l’abattoir en courant, presque fier.
    Tu es la plus drôle des créatures, en somme,
    Plus drôle que le poisson
    qui vit dans la mer sans savoir la mer.
    Et s’il y a tant de misère sur terre
    c’est grâce à toi, mon frère,
    Si nous sommes affamés, épuisés,
    Si nous sommes écorchés jusqu’au sang,
    Pressés comme la grappe pour donner notre vin,
    Irai-je jusqu’à dire que c’est de ta faute, non,
    Mais tu y es pour beaucoup, mon frère.


    Le plus beau des océans
    est celui qu'on n'a pas encore traversé
    Le plus beau des enfants
    n'a pas encore grandi.
    Les plus beaux de nos jours
    sont ceux que nous n'avons pas encore vécus.
    Et les plus beaux des poèmes que je veux te dire
    sont ceux que je ne t'ai pas encore dits.


    Ils nous ont eus :
    moi à l'intérieur des murs,
    toi à l'extérieur.
    Ce qui nous arrive n'est pas grave.
    Le pire :
    c'est de porter en soi la prison
    conscient ou inconscient.
    La plupart des hommes en sont là,
    des hommes honnêtes, laborieux et bons,
    dignes d'être aimés comme je t'aime.


    Si j'étais platane si je me reposais à son ombre
    si j'étais livre
    que je lirais sans ennui dans mes nuits d'insomnie
    crayon, je ne voudrais pas l'être
    même pas entre mes propres doigts
    si j'étais porte
    je m'ouvrirais aux bons je me fermerais aux méchants
    si j'étais fenêtre
    une fenêtre sans rideaux grande ouverte
    si j'étais verbe
    si je vous appelais au beau au juste au vrai
    si j'étais parole
    [je dirais] mon amour doucement, tout doucement .


    Nazim Hikmet 1902-1963

    La Turquie rend sa citoyenneté à Nazim Hikmet, auteur exilé
    Plus de 25 ans après sa mort, le gouvernement corrige ses erreurs.


    le mardi 06 janvier 2009

    Nazim Hikmet avait été déchu de sa citoyenneté turque en 1950, accusé de convictions marxistes assez mal vu par le pays, et il dut fuir la Turquie après un séjour douloureux et prolongé en prison. Mort en exil à Moscou en 1963, il a pourtant opéré une véritable révolution dans la poésie turque au cours des années 30 et son travail a été traduit en plus de 50 langues.

    Citoyen renégat aux yeux du gouvernement turc, plus de 25 ans après sa mort, voilà que Cemil Cicek, député a décidé le gouvernement de son pays à changer la situation. « Les crimes qui ont forcé le gouvernement à lui ôter sa nationalité à cette époque ne sont plus d'actualité aujourd'hui », a-t-il expliqué.

    Ainsi, voilà qu'à titre posthume le poète se trouve réhabilité par un décret gouvernemental, signé hier par le conseil des ministres. Pour certains, ce geste est un pas significatif vers l'acceptation des différences d'opinion, de langue et d'appartenance ethnique, indispensable pour l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne.

    Reste toutefois la question des restes du poète qui fut inhumé à Moscou, mais sur ce point le gouvernement tient une position claire : c'est à la famille de décider si elle souhaite que cela soit fait. Considéré comme un moderne par les universitaires aujourd'hui, om n'était jamais revenu en Turquie et avait rédigé bon nombre de ses poèmes dans les geôles du pays.

    Il reçut durant sa vie le soutien d'auteurs comme Jean-Paul Sartre ou d'artistes comme Picasso. Sa poésie était restée interdite en Turquie jusqu'en 1965, et même après la levée de l'interdiction, les copies des livres étaient dissimulées de crainte que l'on ne soit assimilé à un sympathisant communiste. En 2000, un demi-million de Turcs avait demandé au gouvernement que soit réhabilitée la mémoire du poète

    http://www.actualitte.com/actualite/...iter-poete.htm
    Dernière modification par Jalal ; 14/06/2010 à 05h54.
    Si le peuple décide un jour de vivre, il faut que le sort s'y plie, il faut que la nuit se dissipe, il faut que la chaîne se brise
    Abou El Qassem Echabbi
    Mon ami, mon frère, si toi tu ne brûles pas, si moi je ne brûle pas, qui éclairera la route ? Nazim Hikmet

  2. #2
    Membre F.A.M. Avatar de ahmeddamien
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    pas loin
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    Par défaut salam

    merci Jalal pour ces belles lignes je ne conaissais pas ce poete...
    "Les folies sont les seules choses qu'on ne regrette jamais." Oscar Wilde

  3. #3
    Membre F.A.M. Avatar de au_gré_du_vent
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    Par défaut

    c'est dur d'être poète, c'est dur d'être exilé par les seines et parmi les siens.

    Maintenant qu'il n'est plus là, à quoi cela servirait qu'on lui rende ce dont on l'a privé vivant!bn
    Le hasard, c'est peut-être le pseudonyme de Dieu quand il ne veut pas signer

    Théophile Gautier

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